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2020-03-04 12:24:53

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Dans une m¨ºme salle de la maison de Jupien beaucoup d'hommes, qui n'avaient pas voulu fuir, s'¨¦taient r¨¦unis. Ils ne se connaissaient pas entre eux, mais ¨¦taient pourtant ¨¤ peu pr¨¨s du m¨ºme monde, riche et aristocratique. L'aspect de chacun avait quelque chose de r¨¦pugnant qui devait ¨ºtre la non-r¨¦sistance ¨¤ des plaisirs d¨¦gradants. L'un, ¨¦norme, avait la figure couverte de taches rouges, comme un ivrogne. J'avais appris qu'au d¨¦but il ne l'¨¦tait pas et prenait seulement son plaisir ¨¤ faire boire des jeunes gens. Mais, effray¨¦ par l'id¨¦e d'¨ºtre mobilis¨¦ (bien qu'il semblat avoir d¨¦pass¨¦ la cinquantaine), comme il ¨¦tait tr¨¨s gros il s'¨¦tait mis ¨¤ boire sans arr¨ºter pour tacher de d¨¦passer le poids de cent kilos, au-dessus duquel on ¨¦tait r¨¦form¨¦. Et maintenant, ce calcul s'¨¦tant chang¨¦ en passion, o¨´ qu'on le quittat, tant qu'on le surveillait, on le retrouvait chez un marchand de vin. Mais d¨¨s qu'il parlait on voyait que, m¨¦diocre d'ailleurs d'intelligence, c'¨¦tait un homme de beaucoup de savoir, d'¨¦ducation et de culture. Un autre homme du grand monde, celui-l¨¤ fort jeune et d'une extr¨ºme distinction physique, ¨¦tait entr¨¦. Chez lui, ¨¤ vrai dire, il n'y avait encore aucun stigmate ext¨¦rieur d'un vice, mais, ce qui ¨¦tait plus troublant, d'int¨¦rieurs. Tr¨¨s grand, d'un visage charmant, son ¨¦locution d¨¦celait une tout autre intelligence que celle de son voisin l'alcoolique, et, sans exag¨¦rer, vraiment remarquable. Mais ¨¤ tout ce qu'il disait ¨¦tait ajout¨¦e une expression qui e?t convenu ¨¤ une phrase diff¨¦rente. Comme si, tout en poss¨¦dant le tr¨¦sor complet des expressions du visage humain, il e?t v¨¦cu dans un autre monde, il mettait ¨¤ jour ces expressions dans l'ordre qu'il ne fallait pas, il semblait effeuiller au hasard des sourires et des regards sans rapport avec le propos qu'il entendait. J'esp¨¨re pour lui, si, comme il est certain, il vit encore, qu'il ¨¦tait non la proie d'une maladie durable mais d'une intoxication passag¨¨re. Il est probable que si l'on avait demand¨¦ leur carte de visite ¨¤ tous ces hommes on e?t ¨¦t¨¦ surpris de voir qu'ils appartenaient ¨¤ une haute classe sociale. Mais quelque vice, et le plus grand de tous, le manque de volont¨¦ qui emp¨ºche de r¨¦sister ¨¤ aucun, les r¨¦unissait l¨¤, dans des chambres isol¨¦es il est vrai, mais chaque soir, me dit-on, de sorte que si leur nom ¨¦tait connu des femmes du monde, celles-ci avaient peu ¨¤ peu perdu de vue leur visage et n'avaient plus jamais l'occasion de recevoir leur visite. Ils recevaient encore des invitations, mais l'habitude les ramenait au mauvais lieu composite. Ils s'en cachaient peu, du reste, au contraire des petits chasseurs, ouvriers, etc. qui servaient ¨¤ leur plaisir. Et en dehors de beaucoup de raisons que l'on devine, cela se comprend par celle-ci. Pour un employ¨¦ d'industrie, pour un domestique, aller l¨¤ c'¨¦tait, comme pour une femme qu'on croyait honn¨ºte, aller dans une maison de passe. Certains qui avouaient y ¨ºtre all¨¦s se d¨¦fendaient d'y ¨ºtre plus jamais retourn¨¦s, et Jupien lui-m¨ºme, mentant pour prot¨¦ger leur r¨¦putation ou ¨¦viter des concurrences, affirmait : ? Oh ! non, il ne vient pas chez moi, il ne voudrait pas y venir. ? Pour des hommes du monde, c'est moins grave, d'autant plus que les autres gens du monde qui n'y vont pas ne savent pas ce que c'est et ne s'occupent pas de votre vie.

Je dis avec humilit¨¦ ¨¤ Robert combien on sentait peu la guerre ¨¤ Paris, il me dit que m¨ºme ¨¤ Paris c'¨¦tait quelquefois ? assez inou? ?. Il faisait allusion ¨¤ un raid de zeppelins qu'il y avait eu la veille et il me demanda si j'avais bien vu, mais comme il m'e?t parl¨¦ autrefois de quelque spectacle d'une grande beaut¨¦ esth¨¦tique. Encore au front comprend-on qu'il y ait une sorte de coquetterie ¨¤ dire : ? C'est merveilleux, quel rose ! et ce vert pale ! ?, au moment o¨´ on peut ¨¤ tout instant ¨ºtre tu¨¦, mais ceci n'existait pas chez Saint-Loup, ¨¤ Paris, ¨¤ propos d'un raid insignifiant. Je lui parlai de la beaut¨¦ des avions qui montaient dans la nuit. ? Et peut-¨ºtre encore plus de ceux qui descendent, me dit-il. Je reconnais que c'est tr¨¨s beau le moment o¨´ ils montent, o¨´ ils vont faire constellation et ob¨¦issent en cela ¨¤ des lois tout aussi pr¨¦cises que celles qui r¨¦gissent les constellations, car ce qui te semble un spectacle est le ralliement des escadrilles, les commandements qu'on leur donne, leur d¨¦part en chasse, etc. Mais est-ce que tu n'aimes pas mieux le moment o¨´, d¨¦finitivement assimil¨¦s aux ¨¦toiles, ils s'en d¨¦tachent pour partir en chasse ou rentrer apr¨¨s la berloque, le moment o¨´ ils ? font apocalypse ?, m¨ºme les ¨¦toiles ne gardant plus leur place. Et ces sir¨¨nes, ¨¦tait-ce assez wagn¨¦rien, ce qui, du reste, ¨¦tait bien naturel pour saluer l'arriv¨¦e des Allemands, ?a faisait tr¨¨s hymne national, tr¨¨s Wacht am Rhein, avec le Kronprinz et les princesses dans la loge imp¨¦riale ; c'¨¦tait ¨¤ se demander si c'¨¦tait bien des aviateurs et pas plut?t des Walkyries qui montaient. ? Il semblait avoir plaisir ¨¤ cette assimilation des aviateurs et des Walkyries et l'expliquait, d'ailleurs, par des raisons purement musicales : ? Dame, c'est que la musique des sir¨¨nes ¨¦tait d'une Chevauch¨¦e. Il faut d¨¦cid¨¦ment l'arriv¨¦e des Allemands pour qu'on puisse entendre du Wagner ¨¤ Paris. ? ¨¤ certains points de vue la comparaison n'¨¦tait pas fausse. La ville semblait une masse informe et noire qui tout d'un coup passait des profondeurs de la nuit dans la lumi¨¨re et dans le ciel o¨´ un ¨¤ un les aviateurs s'¨¦levaient ¨¤ l'appel d¨¦chirant des sir¨¨nes, cependant que d'un mouvement plus lent, mais plus insidieux, plus alarmant, car ce regard faisait penser ¨¤ l'objet invisible encore et peut-¨ºtre d¨¦j¨¤ proche qu'il cherchait, les projecteurs se remuaient sans cesse, flairaient l'ennemi, le cernaient dans leurs lumi¨¨res jusqu'au moment o¨´ les avions aiguill¨¦s bondiraient en chasse pour le saisir. Et escadrille apr¨¨s escadrille chaque aviateur s'¨¦lan?ait ainsi de la ville, transport¨¦ maintenant dans le ciel, pareil ¨¤ une Walkyrie. Pourtant des coins de la terre, au ras des maisons, s'¨¦clairaient et je dis ¨¤ Saint-Loup que s'il avait ¨¦t¨¦ ¨¤ la maison la veille, il aurait pu, tout en contemplant l'apocalypse dans le ciel, voir sur la terre, comme dans l'enterrement du comte d'Orgaz du Greco o¨´ ces diff¨¦rents plans sont parall¨¨les, un vrai vaudeville jou¨¦ par des personnages en chemise de nuit, lesquels, ¨¤ cause de leurs noms c¨¦l¨¨bres, eussent m¨¦rit¨¦ d'¨ºtre envoy¨¦s ¨¤ quelque successeur de ce Ferrari dont les notes mondaines nous avaient si souvent amus¨¦s, Saint-Loup et moi, que nous nous amusions pour nous-m¨ºmes ¨¤ en inventer. Et c'est ce que nous aurions fait encore ce jour-l¨¤ comme s'il n'y avait pas la guerre, bien que sur un sujet fort ? guerre ? : la peur des Zeppelins ¨C reconnu : la duchesse de Guermantes superbe en chemise de nuit, le duc de Guermantes in¨¦narrable en pyjama rose et peignoir de bain, etc., etc. ? Je suis s?r, me dit-il, que dans tous les grands h?tels on a d? voir les juives am¨¦ricaines en chemise, serrant sur leur sein d¨¦cati le collier de perles qui leur permettra d'¨¦pouser un duc d¨¦cav¨¦. L'h?tel Ritz, ces soirs-l¨¤, doit ressembler ¨¤ l'H?tel du libre ¨¦change. ?

Il faut dire pourtant que si la guerre n'avait pas modifi¨¦ le caract¨¨re de Saint-Loup, son intelligence, conduite par une ¨¦volution o¨´ l'h¨¦r¨¦dit¨¦ entrait pour une grande part, avait pris un brillant que je ne lui avais jamais vu. Quelle distance entre le jeune blondin qui jadis ¨¦tait courtis¨¦ par les femmes chic ou aspirait ¨¤ le devenir, et le discoureur, le doctrinaire qui ne cessait de jouer avec les mots ! ¨¤ une autre g¨¦n¨¦ration, sur une autre tige, comme un acteur qui reprend le r?le jou¨¦ jadis par Bressant ou Delaunay, il ¨¦tait comme un successeur ¨C rose, blond et dor¨¦, alors que l'autre ¨¦tait mi-partie tr¨¨s noir et tout blanc ¨C de M. de Charlus. Il avait beau ne pas s'entendre avec son oncle sur la guerre, s'¨¦tant rang¨¦ dans cette fraction de l'aristocratie qui faisait passer la France avant tout tandis que M. de Charlus ¨¦tait au fond d¨¦faitiste, il pouvait montrer ¨¤ celui qui n'avait pas vu le ? cr¨¦ateur du r?le ? comment on pouvait exceller dans l'emploi de raisonneur. ? Il para?t que Hindenbourg c'est une r¨¦v¨¦lation, lui dis-je. ¨C Une vieille r¨¦v¨¦lation, me r¨¦pondit-il du ? tac au tac ?, ou une future r¨¦v¨¦lation. ? Il aurait fallu, au lieu de m¨¦nager l'ennemi, laisser faire Mangin, abattre l'Autriche et l'Allemagne et europ¨¦aniser la Turquie au lieu de mont¨¦griniser la France. ? Mais nous aurons l'aide des ¨¦tats-Unis, lui dis-je. ¨C En attendant, je ne vois ici que le spectacle des ¨¦tats d¨¦sunis. Pourquoi ne pas faire des concessions plus larges ¨¤ l'Italie par la peur de d¨¦christianiser la France ? ¨C Si ton oncle Charlus t'entendait ! lui dis-je. Au fond tu ne serais pas fach¨¦ qu'on offense encore un peu plus le Pape, et lui pense avec d¨¦sespoir au mal qu'on peut faire au tr?ne de Fran?ois-Joseph. Il se dit, d'ailleurs, en cela dans la tradition de Talleyrand et du Congr¨¨s de Vienne. ¨C L'¨¨re du Congr¨¨s de Vienne est r¨¦volue, me r¨¦pondit-il ; ¨¤ la diplomatie secr¨¨te il faut opposer la diplomatie concr¨¨te. Mon oncle est au fond un monarchiste imp¨¦nitent ¨¤ qui on ferait avaler des carpes comme Mme Mol¨¦ ou des escarpes comme Arthur Meyer, pourvu que carpes et escarpes fussent ¨¤ la Chambord. Par haine du drapeau tricolore, je crois qu'il se rangerait plut?t sous le torchon du Bonnet rouge, qu'il prendrait de bonne foi pour le Drapeau blanc. ? Certes, ce n'¨¦tait que des mots et Saint-Loup ¨¦tait loin d'avoir l'originalit¨¦ quelquefois profonde de son oncle. Mais il ¨¦tait aussi affable et charmant de caract¨¨re que l'autre ¨¦tait soup?onneux et jaloux. Et il ¨¦tait rest¨¦ charmant et rose comme ¨¤ Balbec, sous tous ses cheveux d'or. La seule chose o¨´ son oncle ne l'e?t pas d¨¦pass¨¦ ¨¦tait cet ¨¦tat d'esprit du faubourg Saint-Germain dont sont empreints ceux qui croient s'en ¨ºtre le plus d¨¦tach¨¦s et qui leur donne ¨¤ la fois ce respect des hommes intelligents pas n¨¦s (qui ne fleurit vraiment que dans la noblesse et rend les r¨¦volutions si injustes) et cette niaise satisfaction de soi. De par ce m¨¦lange d'humilit¨¦ et d'orgueil, de curiosit¨¦ d'esprit acquise et d'autorit¨¦ inn¨¦e, M. de Charlus et Saint-Loup, par des chemins diff¨¦rents et avec des opinions oppos¨¦es, ¨¦taient devenus, ¨¤ une g¨¦n¨¦ration d'intervalle, des intellectuels que toute id¨¦e nouvelle int¨¦resse et des causeurs de qui aucun interrupteur ne peut obtenir le silence. De sorte qu'une personne un peu m¨¦diocre pouvait les trouver l'un et l'autre, selon la disposition o¨´ elle se trouvait, ¨¦blouissants ou raseurs.

Chapitre II

Je r¨¦solus de laisser provisoirement de c?t¨¦ les objections qu'avaient pu faire na?tre en moi contre la litt¨¦rature ces pages des Goncourt. M¨ºme en mettant de c?t¨¦ l'indice individuel de na?vet¨¦ qui est frappant chez le m¨¦morialiste, je pouvais d'ailleurs me rassurer ¨¤ divers points de vue. D'abord, en ce qui me concernait personnellement, mon incapacit¨¦ de regarder et d'¨¦couter, que le journal cit¨¦ avait si p¨¦niblement illustr¨¦e pour moi, n'¨¦tait pourtant pas totale. Il y avait en moi un personnage qui savait plus ou moins bien regarder, mais c'¨¦tait un personnage intermittent, ne reprenant vie que quand se manifestait quelque essence g¨¦n¨¦rale, commune ¨¤ plusieurs choses, qui faisait sa nourriture et sa joie. Alors le personnage regardait et ¨¦coutait, mais ¨¤ une certaine profondeur seulement, de sorte que l'observation n'en profitait pas. Comme un g¨¦om¨¨tre qui, d¨¦pouillant les choses de leurs qualit¨¦s sensibles, ne voit que leur substratum lin¨¦aire, ce que racontaient les gens m'¨¦chappait, car ce qui m'int¨¦ressait, c'¨¦tait non ce qu'ils voulaient dire, mais la mani¨¨re dont ils le disaient, en tant qu'elle ¨¦tait r¨¦v¨¦latrice de leur caract¨¨re ou de leurs ridicules ; ou plut?t c'¨¦tait un objet qui avait toujours ¨¦t¨¦ plus particuli¨¨rement le but de ma recherche parce qu'il me donnait un plaisir sp¨¦cifique, le point qui ¨¦tait commun ¨¤ un ¨ºtre et ¨¤ un autre. Ce n'¨¦tait que quand je l'apercevais que mon esprit ¨C jusque-l¨¤ sommeillant, m¨ºme derri¨¨re l'activit¨¦ apparente de ma conversation, dont l'animation masquait pour les autres un total engourdissement spirituel ¨C se mettait tout ¨¤ coup joyeusement en chasse, mais ce qu'il poursuivait alors ¨C par exemple l'identit¨¦ du salon Verdurin dans divers lieux et divers temps ¨C ¨¦tait situ¨¦ ¨¤ mi-profondeur, au del¨¤ de l'apparence elle-m¨ºme, dans une zone un peu plus en retrait. Aussi le charme apparent, copiable, des ¨ºtres m'¨¦chappait parce que je n'avais plus la facult¨¦ de m'arr¨ºter ¨¤ lui, comme le chirurgien qui, sous le poli d'un ventre de femme, verrait le mal interne qui le ronge. J'avais beau d?ner en ville, je ne voyais pas les convives, parce que quand je croyais les regarder je les radiographiais. Il en r¨¦sultait qu'en r¨¦unissant toutes les remarques que j'avais pu faire dans un d?ner sur les convives, le dessin des lignes trac¨¦es par moi figurait un ensemble de lois psychologiques o¨´ l'int¨¦r¨ºt propre qu'avait eu dans ses discours le convive ne tenait presque aucune place. Mais cela enlevait-il tout m¨¦rite ¨¤ mes portraits puisque je ne les donnais pas pour tels ? Si l'un de ces portraits, dans le domaine de la peinture, met en ¨¦vidence certaines v¨¦rit¨¦s relatives au volume, ¨¤ la lumi¨¨re, au mouvement, cela fait-il qu'il soit n¨¦cessairement inf¨¦rieur ¨¤ tel portrait ne lui ressemblant aucunement de la m¨ºme personne, dans lequel mille d¨¦tails qui sont omis dans le premier seront minutieusement relat¨¦s, deuxi¨¨me portrait d'o¨´ l'on pourra conclure que le mod¨¨le ¨¦tait ravissant tandis qu'on l'e?t cru laid dans le premier, ce qui peut avoir une importance documentaire et m¨ºme historique, mais n'est pas n¨¦cessairement une v¨¦rit¨¦ d'art. Puis ma frivolit¨¦, d¨¨s que je n'¨¦tais pas seul, me faisait d¨¦sirer de plaire, plus d¨¦sireux d'amuser en bavardant que de m'instruire en ¨¦coutant, ¨¤ moins que je ne fusse all¨¦ dans le monde pour interroger sur quelque point d'art, ou quelque soup?on jaloux qui m'avait occup¨¦ l'esprit avant ! Mais j'¨¦tais incapable de voir ce dont le d¨¦sir n'avait pas ¨¦t¨¦ ¨¦veill¨¦ en moi par quelque lecture, ce dont je n'avais pas d'avance d¨¦sir¨¦ moi-m¨ºme le croquis que je d¨¦sirais ensuite confronter avec la r¨¦alit¨¦. Que de fois, je le savais bien, m¨ºme si cette page de Goncourt ne me l'e?t pas appris, je suis rest¨¦ incapable d'accorder mon attention ¨¤ des choses ou ¨¤ des gens qu'ensuite, une fois que leur image m'avait ¨¦t¨¦ pr¨¦sent¨¦e dans la solitude par un artiste, j'aurais fait des lieues, risqu¨¦ la mort pour retrouver. Alors mon imagination ¨¦tait partie, avait commenc¨¦ ¨¤ peindre. Et ce devant quoi j'avais baill¨¦ l'ann¨¦e d'avant, je me disais avec angoisse, le contemplant d'avance, le d¨¦sirant : ? Sera-t-il vraiment impossible de le voir ? Que ne donnerais-je pas pour cela ! ? Quand on lit des articles sur des gens, m¨ºme simplement des gens du monde, qualifi¨¦s de ? derniers repr¨¦sentants d'une soci¨¦t¨¦ dont il n'existe plus aucun t¨¦moin ?, sans doute on peut s'¨¦crier : ? Dire que c'est d'un ¨ºtre si insignifiant qu'on parle avec tant d'abondance et d'¨¦loges ! c'est cela que j'aurais d¨¦plor¨¦ de ne pas avoir connu si je n'avais fait que lire les journaux et les revues, et si je n'avais pas vu ? l'homme ?, mais j'¨¦tais plut?t tent¨¦ en lisant de telles pages dans les journaux de penser : ? Quel malheur ¨C alors que j'¨¦tais seulement pr¨¦occup¨¦ de retrouver Gilberte ou Albertine ¨C que je n'aie pas fait plus attention ¨¤ ce monsieur, je l'avais pris pour un raseur du monde, pour un simple figurant, c'¨¦tait une figure ! ? Cette disposition-l¨¤, les pages de Goncourt que je lus me la firent regretter. Car peut-¨ºtre j'aurais pu conclure d'elles que la vie apprend ¨¤ rabaisser le prix de la lecture, et nous montre que ce que l'¨¦crivain nous vante ne valait pas grand'chose ; mais je pouvais tout aussi bien en conclure que la lecture, au contraire, nous apprend ¨¤ relever la valeur de la vie, valeur que nous n'avons pas su appr¨¦cier et dont nous nous rendons compte seulement par le livre combien elle ¨¦tait grande. ¨¤ la rigueur, nous pouvons nous consoler de nous ¨ºtre peu plu dans la soci¨¦t¨¦ d'un Vinteuil, d'un Bergotte, puisque le bourgeoisisme pudibond de l'un, les d¨¦fauts insupportables de l'autre ne prouvent rien contre eux, puisque leur g¨¦nie est manifest¨¦ par leurs ?uvres ; de m¨ºme la pr¨¦tentieuse vulgarit¨¦ d'un Elstir ¨¤ ses d¨¦buts. Ainsi le journal des Goncourt m'avait fait d¨¦couvrir qu'Elstir n'¨¦tait autre que le ? Monsieur Tiche ? qui avait tenu jadis de si exasp¨¦rants discours ¨¤ Swann, chez les Verdurin. Mais quel est l'homme de g¨¦nie qui n'a pas adopt¨¦ les irritantes fa?ons de parler des artistes de sa bande, avant d'arriver (comme c'¨¦tait venu pour Elstir et comme cela arrive rarement) ¨¤ un bon go?t sup¨¦rieur. Les lettres de Balzac, par exemple, ne sont-elles pas sem¨¦es de termes vulgaires que Swann e?t souffert mille morts d'employer ? Et cependant il est probable que Swann, si fin, si purg¨¦ de tout ridicule ha?ssable, e?t ¨¦t¨¦ incapable d'¨¦crire la Cousine Bette et le Cur¨¦ de Tours. Que ce soit donc les M¨¦moires qui aient tort de donner du charme ¨¤ leur soci¨¦t¨¦ alors qu'elle nous a d¨¦plu est un probl¨¨me de peu d'importance, puisque, m¨ºme si c'est l'¨¦crivain de M¨¦moires qui se trompe, cela ne prouve rien contre la valeur de la vie qui produit de tels g¨¦nies et qui n'existait pas moins dans les ?uvres de Vinteuil, d'Elstir et de Bergotte.

Comme une sombre fleur inconnue qui m'¨¦tait par del¨¤ le tombeau rapport¨¦e des profondeurs d'un ¨ºtre o¨´ je n'avais pas su la d¨¦couvrir, il me semblait, exhumation inesp¨¦r¨¦e d'une relique inestimable, voir devant moi le d¨¦sir incarn¨¦ d'Albertine qu'Andr¨¦e ¨¦tait pour moi, comme V¨¦nus ¨¦tait le d¨¦sir de Jupiter. Andr¨¦e regrettait Albertine, mais je sentis tout de suite qu'elle ne lui manquait pas. ¨¦loign¨¦e de force de son amie par la mort, elle semblait avoir pris ais¨¦ment son parti d'une s¨¦paration d¨¦finitive, que je n'eusse pas os¨¦ lui demander quand Albertine ¨¦tait vivante, tant j'aurais craint de ne pas arriver ¨¤ obtenir le consentement d'Andr¨¦e. Elle semblait au contraire accepter sans difficult¨¦ ce renoncement, mais pr¨¦cis¨¦ment au moment o¨´ il ne pouvait plus me profiter. Andr¨¦e m'abandonnait Albertine, mais morte, et ayant perdu pour moi non seulement sa vie mais, r¨¦trospectivement, un peu de sa r¨¦alit¨¦, puisque je voyais qu'elle n'¨¦tait pas indispensable, unique pour Andr¨¦e qui avait pu la remplacer par d'autres.

Associ¨¦es maintenant au souvenir de mon amour, les particularit¨¦s physiques et sociales d'Albertine, malgr¨¦ lesquelles je l'avais aim¨¦e, orientaient au contraire mon d¨¦sir vers ce qu'il e?t autrefois le moins naturellement choisi : des brunes de la petite bourgeoisie. Certes, ce qui commen?ait partiellement ¨¤ rena?tre en moi, c'¨¦tait cet immense d¨¦sir que mon amour pour Albertine n'avait pu assouvir, cet immense d¨¦sir de conna?tre la vie que j'¨¦prouvais autrefois sur les routes de Balbec, dans les rues de Paris, ce d¨¦sir qui m'avait fait tant souffrir quand, supposant qu'il existait aussi au c?ur d'Albertine, j'avais voulu la priver des moyens de le contenter avec d'autres que moi. Maintenant que je pouvais supporter l'id¨¦e de son d¨¦sir, comme cette id¨¦e ¨¦tait aussit?t ¨¦veill¨¦e par le mien ces deux immenses app¨¦tits co?ncidaient, j'aurais voulu que nous pussions nous y livrer ensemble, je me disais : ? cette fille lui aurait plu ?, et par ce brusque d¨¦tour pensant ¨¤ elle et ¨¤ sa mort, je me sentais trop triste pour pouvoir poursuivre plus loin mon d¨¦sir. Comme autrefois le c?t¨¦ de M¨¦s¨¦glise et celui de Guermantes avaient ¨¦tabli les assises de mon go?t pour la campagne et m'eussent emp¨ºch¨¦ de trouver un charme profond dans un pays o¨´ il n'y aurait pas eu de vieille ¨¦glise, de bleuets, de boutons d'or, c'est de m¨ºme en les rattachant en moi ¨¤ un pass¨¦ plein de charme que mon amour pour Albertine me faisait exclusivement rechercher un certain genre de femmes ; je recommen?ais, comme avant de l'aimer, ¨¤ avoir besoin d'harmoniques d'elle qui fussent interchangeables avec mon souvenir devenu peu ¨¤ peu moins exclusif. Je n'aurais pu me plaire maintenant aupr¨¨s d'une blonde et fi¨¨re duchesse, parce qu'elle n'e?t ¨¦veill¨¦ en moi aucune des ¨¦motions qui partaient d'Albertine, de mon d¨¦sir d'elle, de la jalousie que j'avais eue de ses amours, de mes souffrances, de sa mort. Car nos sensations pour ¨ºtre fortes ont besoin de d¨¦clencher en nous quelque chose de diff¨¦rent d'elles, un sentiment qui ne pourra pas trouver dans le plaisir de satisfaction mais qui s'ajoute au d¨¦sir, l'enfle, le fait s'accrocher d¨¦sesp¨¦r¨¦ment au plaisir. Au fur et ¨¤ mesure que l'amour qu'avait ¨¦prouv¨¦ Albertine pour certaines femmes ne me faisait plus souffrir, il rattachait ces femmes ¨¤ mon pass¨¦, leur donnait quelque chose de plus r¨¦el, comme aux boutons d'or, aux aub¨¦pines le souvenir de Combray donnait plus de r¨¦alit¨¦ qu'aux fleurs nouvelles. M¨ºme d'Andr¨¦e, je ne me disais plus avec rage : ? Albertine l'aimait ?, mais au contraire, pour m'expliquer ¨¤ moi-m¨ºme mon d¨¦sir, d'un air attendri : ? Albertine l'aimait bien ?. Je comprenais maintenant les veufs qu'on croit consol¨¦s et qui prouvent au contraire qu'ils sont inconsolables, parce qu'ils se remarient avec leur belle-s?ur. Ainsi mon amour finissant semblait rendre possible pour moi de nouvelles amours, et Albertine, comme ces femmes longtemps aim¨¦es pour elles-m¨ºmes qui plus tard, sentant le go?t de leur amant s'affaiblir, conservent leur pouvoir en se contentant du r?le d'entremetteuses, parait pour moi, comme la Pompadour pour Louis XV, de nouvelles fillettes. M¨ºme autrefois, mon temps ¨¦tait divis¨¦ par p¨¦riodes o¨´ je d¨¦sirais telle femme, ou telle autre. Quand les plaisirs violents donn¨¦s par l'une ¨¦taient apais¨¦s, je souhaitais celle qui donnait une tendresse presque pure, jusqu'¨¤ ce que le besoin de caresses plus savantes ramenat le d¨¦sir de la premi¨¨re. Maintenant ces alternances avaient pris fin, ou du moins l'une des p¨¦riodes se prolongeait ind¨¦finiment. Ce que j'aurais voulu, c'est que la nouvelle venue v?nt habiter chez moi et me donnat le soir avant de me quitter un baiser familial de s?ur. De sorte que j'aurais pu croire ¨C si je n'avais fait l'exp¨¦rience de la pr¨¦sence insupportable d'une autre ¨C que je regrettais plus un baiser que certaines l¨¨vres, un plaisir qu'un amour, une habitude qu'une personne. J'aurais voulu aussi que les nouvelles venues pussent me jouer du Vinteuil comme Albertine, causer comme elle avec moi d'Elstir. Tout cela ¨¦tait impossible. Leur amour ne vaudrait pas le sien, pensais-je, soit qu'un amour auquel s'annexaient tous ces ¨¦pisodes, des visites aux mus¨¦es, des soir¨¦es au concert, toute une vie compliqu¨¦e qui permet des correspondances, des conversations, un flirt pr¨¦liminaire aux relations elles-m¨ºmes, une amiti¨¦ grave apr¨¨s, poss¨¦dat plus de ressources qu'un amour pour une femme qui ne sait que se donner, comme un orchestre plus qu'un piano ; soit que, plus profond¨¦ment, mon besoin du m¨ºme genre de tendresse que me donnait Albertine, la tendresse d'une fille assez cultiv¨¦e et qui f?t en m¨ºme temps une s?ur, ne f?t ¨C comme le besoin de femmes du m¨ºme milieu qu'Albertine ¨C qu'une reviviscence du souvenir d'Albertine, du souvenir de mon amour pour elle. Et une fois de plus j'¨¦prouvais d'abord que le souvenir n'est pas inventif, qu'il est impuissant ¨¤ d¨¦sirer rien d'autre, m¨ºme rien de mieux que ce que nous avons poss¨¦d¨¦ ; ensuite qu'il est spirituel, de sorte que la r¨¦alit¨¦ ne peut lui fournir l'¨¦tat qu'il cherche ; enfin que, s'appliquant ¨¤ une personne morte, la renaissance qu'il incarne est moins celle du besoin d'aimer, auquel il fait croire, que celle du besoin de l'absente. De sorte que la ressemblance avec Albertine, de la femme que j'avais choisie, la ressemblance m¨ºme, si j'arrivais ¨¤ l'obtenir, de sa tendresse avec celle d'Albertine, ne me faisaient que mieux sentir l'absence de ce que j'avais, sans le savoir, cherch¨¦, de ce qui ¨¦tait indispensable pour que renaqu?t mon bonheur, c'est-¨¤-dire Albertine elle-m¨ºme, le temps que nous avions v¨¦cu ensemble, le pass¨¦ ¨¤ la recherche duquel j'¨¦tais sans le savoir. Certes, par les jours clairs, Paris m'apparaissait innombrablement fleuri de toutes les fillettes, non que je d¨¦sirais, mais qui plongeaient leurs racines dans l'obscurit¨¦ du d¨¦sir et des soir¨¦es inconnues d'Albertine. C'¨¦tait telle de celles dont elle m'avait dit tout au d¨¦but, quand elle ne se m¨¦fiait pas de moi : ? Elle est ravissante, cette petite, comme elle a de jolis cheveux ! ? Toutes les curiosit¨¦s que j'avais eues autrefois de sa vie, quand je ne la connaissais encore que de vue, et, d'autre part, tous mes d¨¦sirs de la vie se confondaient en cette seule curiosit¨¦, voir Albertine avec d'autres femmes, peut-¨ºtre parce que ainsi, elles parties, je serais rest¨¦ seul avec elle, le dernier et le ma?tre. Et en voyant ses h¨¦sitations, son incertitude en se demandant s'il valait la peine de passer la soir¨¦e avec telle ou telle, sa sati¨¦t¨¦ quand l'autre ¨¦tait partie, peut-¨ºtre sa d¨¦ception, j'eusse ¨¦clair¨¦, j'eusse ramen¨¦ ¨¤ de justes proportions la jalousie que m'inspirait Albertine, parce que, la voyant ainsi les ¨¦prouver, j'aurais pris la mesure et d¨¦couvert la limite de ses plaisirs. De combien de plaisirs, de quelle douce vie elle nous a priv¨¦s, me disais-je, par cette farouche obstination ¨¤ nier son go?t ! Et comme une fois de plus je cherchais quelle avait pu ¨ºtre la raison de cette obstination, tout d'un coup le souvenir me revint d'une phrase que je lui avais dite ¨¤ Balbec le jour o¨´ elle m'avait donn¨¦ un crayon. Comme je lui reprochais de ne pas m'avoir laiss¨¦ l'embrasser, je lui avais dit que je trouvais cela aussi naturel que je trouvais ignoble qu'une femme e?t des relations avec une autre femme. H¨¦las, peut-¨ºtre Albertine s'¨¦tait-elle toujours rappel¨¦ cette phrase imprudente.

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En fin de journ¨¦e, quand le jour baisse et que la ville s¡¯illumine, descendez vers Brickell. Ce quartier est l¡¯image d¡¯¨¦pinal que l¡¯on se fait d¡¯une ville c?ti¨¨re am¨¦ricaine. Pr¨¨s de la Miami River qui s¨¦pare le c?ur battant de la ville en deux, le grand food-court italien Luna Park s¡¯¨¦tale sur trois ¨¦tages. Le premier est un march¨¦ o¨´ l¡¯on peut choisir des salades, de la charcuterie ou des plats pr¨¦par¨¦s. Le second rassemble plusieurs restaurants sp¨¦cialis¨¦s en viande, en fruits de mer ou en pizzas. Enfin au troisi¨¨me et dernier ¨¦tage, un grand bar ¨¤ vin propose ¨¤ ses h?tes plus de 4 000 flacons.

Visiter Portland: quelles sont les meilleures choses ¨¤ faire et ¨¤ voir dans la ?cit¨¦ des Roses??

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