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2020-03-04 12:25:11

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Je crus comprendre que Robert avait trouv¨¦ aux arm¨¦es des ressources qui lui avaient fait peu ¨¤ peu oublier que Morel s'¨¦tait aussi mal conduit avec lui qu'avec son oncle. Pourtant il lui gardait une grande amiti¨¦ et ¨¦tait pris de brusques d¨¦sirs de le revoir, qu'il ajournait sans cesse. Je crus plus d¨¦licat envers Gilberte de ne pas indiquer ¨¤ Robert que pour retrouver Morel il n'avait qu'¨¤ aller chez Mme Verdurin.

Toute la journ¨¦e, dans cette demeure de Tansonville un peu trop campagne, qui n'avait l'air que d'un lieu de sieste entre deux promenades ou pendant l'averse, une de ces demeures o¨´ chaque salon a l'air d'un cabinet de verdure, et o¨´ sur la tenture des chambres, les roses du jardin dans l'une, les oiseaux des arbres dans l'autre, vous ont rejoints et vous tiennent compagnie ¨C isol¨¦s du moins ¨C car c'¨¦taient de vieilles tentures o¨´ chaque rose ¨¦tait assez s¨¦par¨¦e pour qu'on e?t pu, si elle avait ¨¦t¨¦ vivante, la cueillir, chaque oiseau le mettre en cage et l'apprivoiser, sans rien de ces grandes d¨¦corations des chambres d'aujourd'hui o¨´, sur un fond d'argent, tous les pommiers de Normandie sont venus se profiler en style japonais, pour halluciner les heures que vous passez au lit, toute la journ¨¦e je la passais dans ma chambre qui donnait sur les belles verdures du parc et les lilas de l'entr¨¦e, sur les feuilles vertes des grands arbres au bord de l'eau, ¨¦tincelants de soleil, et sur la for¨ºt de M¨¦s¨¦glise. Je ne regardais, en somme, tout cela avec plaisir que parce que je me disais : c'est joli d'avoir tant de verdure dans la fen¨ºtre de ma chambre, jusqu'au moment o¨´ dans le vaste tableau verdoyant je reconnus, peint lui au contraire en bleu sombre, simplement parce qu'il ¨¦tait plus loin, le clocher de l'¨¦glise de Combray, non pas une figuration de ce clocher, ce clocher lui-m¨ºme qui, mettant ainsi sous mes yeux la distance des lieues et des ann¨¦es, ¨¦tait venu, au milieu de la lumineuse verdure et d'un tout autre ton, si sombre qu'il paraissait presque seulement dessin¨¦, s'inscrire dans le carreau de ma fen¨ºtre. Et si je sortais un moment de ma chambre, au bout du couloir j'apercevais, parce qu'il ¨¦tait orient¨¦ autrement, comme une bande d'¨¦carlate, la tenture d'un petit salon qui n'¨¦tait qu'une simple mousseline mais rouge, et pr¨ºte ¨¤ s'incendier si un rayon de soleil y donnait.

Le soleil ¨¦tait encore haut dans le ciel quand j'allais retrouver ma m¨¨re sur la piazzetta. Nous remontions le Grand Canal en gondole, nous regardions la file des palais entre lesquels nous passions refl¨¦ter la lumi¨¨re et l'heure sur leurs flancs ros¨¦s et changer avec elles, moins ¨¤ la fa?on d'habitations priv¨¦es et de monuments c¨¦l¨¨bres que comme une cha?ne de falaises de marbre au pied de laquelle on va se promener le soir en barque pour voir se coucher le soleil. Telles, les demeures dispos¨¦es des deux c?t¨¦s du chenal faisaient penser ¨¤ des sites de la nature, mais d'une nature qui aurait cr¨¦¨¦ ses ?uvres avec une imagination humaine. Mais en m¨ºme temps (¨¤ cause du caract¨¨re des impressions toujours urbaines que Venise donne presque en pleine mer, sur ces flots o¨´ le flux et le reflux se font sentir deux fois par jour, et qui tour ¨¤ tour recouvrent ¨¤ mar¨¦e haute et d¨¦couvrent ¨¤ mar¨¦e basse les magnifiques escaliers ext¨¦rieurs des palais), comme nous l'eussions fait ¨¤ Paris sur les boulevards, dans les Champs-¨¦lys¨¦es, au Bois, dans toute large avenue ¨¤ la mode, parmi la lumi¨¨re poudroyante du soir, nous croisions les femmes les plus ¨¦l¨¦gantes, presque toutes ¨¦trang¨¨res, et qui, mollement appuy¨¦es sur les coussins de leur ¨¦quipage flottant, prenaient la file, s'arr¨ºtaient devant un palais o¨´ elles avaient une amie ¨¤ aller voir, faisaient demander si elle ¨¦tait l¨¤ ; et, tandis qu'en attendant la r¨¦ponse elles pr¨¦paraient ¨¤ tout hasard leur carte pour la laisser, comme elles eussent fait ¨¤ la porte de l'h?tel de Guermantes, elles cherchaient dans leur guide de quelle ¨¦poque, de quel style ¨¦tait le palais, non sans ¨ºtre secou¨¦es comme au sommet d'une vague bleue, par le remous de l'eau ¨¦tincelante et cabr¨¦e, qui s'effarait d'¨ºtre resserr¨¦e entre la gondole dansante et le marbre retentissant. Et ainsi les promenades, m¨ºme rien que pour aller faire des visites ou des courses, ¨¦taient triples et uniques dans cette Venise o¨´ les simples all¨¦es et venues mondaines prennent en m¨ºme temps la forme et le charme d'une visite ¨¤ un mus¨¦e et d'une bord¨¦e en mer.

¨C Ah ! Odon, c'est celui qui faisait de la peinture ?

Peut-¨ºtre alors la fatigue et la tristesse que je ressentais vinrent-elles moins d'avoir aim¨¦ inutilement ce que d¨¦j¨¤ j'oubliais que de commencer ¨¤ me plaire avec de nouveaux vivants, de purs gens du monde, de simples amis des Guermantes, si peu int¨¦ressants par eux-m¨ºmes. Je me consolais peut-¨ºtre plus ais¨¦ment de constater que celle que j'avais aim¨¦e n'¨¦tait plus, au bout d'un certain temps, qu'un pale souvenir que de retrouver en moi cette vaine activit¨¦ qui nous fait perdre le temps ¨¤ tapisser notre vie d'une v¨¦g¨¦tation humaine vivace mais parasite, qui deviendra le n¨¦ant aussi quand elle sera morte, qui d¨¦j¨¤ est ¨¦trang¨¨re ¨¤ tout ce que nous avons connu et ¨¤ laquelle pourtant cherche ¨¤ plaire notre s¨¦nilit¨¦ bavarde, m¨¦lancolique et coquette. L'¨ºtre nouveau qui supporterait ais¨¦ment de vivre sans Albertine avait fait son apparition en moi, puisque j'avais pu parler d'elle chez Mme de Guermantes en paroles afflig¨¦es, sans souffrance profonde. Ces nouveaux ? moi ? qui devraient porter un autre nom que le pr¨¦c¨¦dent, leur venue possible, ¨¤ cause de leur indiff¨¦rence ¨¤ ce que j'aimais, m'avait toujours ¨¦pouvant¨¦, jadis ¨¤ propos de Gilberte quand son p¨¨re me disait que si j'allais vivre en Oc¨¦anie je ne voudrais plus revenir, tout r¨¦cemment quand j'avais lu avec un tel serrement de c?ur le passage du roman de Bergotte o¨´ il est question de ce personnage qui, s¨¦par¨¦, par la vie, d'une femme qu'il avait ador¨¦e jeune homme, vieillard la rencontre sans plaisir, sans envie de la revoir. Or, au contraire, il m'apportait avec l'oubli une suppression presque compl¨¨te de la souffrance, une possibilit¨¦ de bien-¨ºtre, cet ¨ºtre si redout¨¦, si bienfaisant et qui n'¨¦tait autre qu'un de ces ? moi ? de rechange que la destin¨¦e tient en r¨¦serve pour nous et que, sans plus ¨¦couter nos pri¨¨res qu'un m¨¦decin clairvoyant et d'autant plus autoritaire, elle substitue malgr¨¦ nous, par une intervention opportune, au ? moi ? vraiment trop bless¨¦. Ce rechange, au reste, elle l'accomplit de temps en temps, comme l'usure et la r¨¦fection des tissus, mais nous n'y prenons garde que si l'ancien ? moi ? contenait une grande douleur, un corps ¨¦tranger et blessant, que nous nous ¨¦tonnons de ne plus retrouver, dans notre ¨¦merveillement d'¨ºtre devenu un autre pour qui la souffrance de son pr¨¦d¨¦cesseur n'est plus que la souffrance d'autrui, celle dont on peut parler avec apitoiement parce qu'on ne la ressent pas. M¨ºme cela nous est ¨¦gal d'avoir pass¨¦ par tant de souffrances, car nous ne nous rappelons que confus¨¦ment les avoir souffertes. Il est possible que, de m¨ºme, nos cauchemars, la nuit, soient effroyables. Mais au r¨¦veil nous sommes une autre personne qui ne se soucie gu¨¨re que celle ¨¤ qui elle succ¨¨de ait eu ¨¤ fuir en dormant devant des assassins.

Et pourtant ces douloureuses, ces in¨¦luctables v¨¦rit¨¦s qui nous dominaient et pour lesquelles nous ¨¦tions aveugles, v¨¦rit¨¦ de nos sentiments, v¨¦rit¨¦ de notre destin, combien de fois sans le savoir, sans le vouloir, nous les avions dites en des paroles, crues sans doute mensong¨¨res par nous mais auxquelles l'¨¦v¨¦nement avait donn¨¦ apr¨¨s coup leur valeur proph¨¦tique. Je me rappelais bien des mots que l'un et l'autre nous avions prononc¨¦s sans savoir alors la v¨¦rit¨¦ qu'ils contenaient, m¨ºme que nous avions dits en croyant nous jouer la com¨¦die et dont la fausset¨¦ ¨¦tait bien mince, bien peu int¨¦ressante, toute confin¨¦e dans notre pitoyable insinc¨¦rit¨¦, aupr¨¨s de ce qu'ils contenaient ¨¤ notre insu. Mensonges, erreurs en de?¨¤ de la r¨¦alit¨¦ profonde que nous n'apercevions pas, v¨¦rit¨¦ au del¨¤, v¨¦rit¨¦ de nos caract¨¨res dont les lois essentielles nous ¨¦chappent et demandent le temps pour se r¨¦v¨¦ler, v¨¦rit¨¦ de nos destins aussi. J'avais cru mentir quand je lui avais dit, ¨¤ Balbec : ? Plus je vous verrai, plus je vous aimerai ? (et pourtant c'¨¦tait cette intimit¨¦ de tous les instants qui, par le moyen de la jalousie, m'avait tant attach¨¦ ¨¤ elle), ? je sens que je pourrais ¨ºtre utile ¨¤ votre esprit ? ; ¨¤ Paris : ? Tachez d'¨ºtre prudente. Pensez, s'il vous arrivait un accident je ne m'en consolerais pas ?, et elle : ? Mais il peut m'arriver un accident ? ; ¨¤ Paris, le soir o¨´ j'avais fait semblant de vouloir la quitter : ? Laissez-moi vous regarder encore puisque bient?t je ne vous verrai plus, et que ce sera pour jamais. ? Et elle, quand ce m¨ºme soir elle avait regard¨¦ autour d'elle : ? Dire que je ne verrai plus cette chambre, ces livres, ce pianola, toute cette maison, je ne peux pas le croire, et pourtant c'est vrai. ? Dans ses derni¨¨res lettres enfin, quand elle avait ¨¦crit ¨C probablement en se disant ? Je fais du chiqu¨¦ ? : ¨C ? Je vous laisse le meilleur de moi-m¨ºme ? (et n'¨¦tait-ce pas en effet maintenant ¨¤ la fid¨¦lit¨¦, aux forces, fragiles h¨¦las aussi, de ma m¨¦moire qu'¨¦taient confi¨¦es son intelligence, sa bont¨¦, sa beaut¨¦ ?) et : ? cet instant, deux fois cr¨¦pusculaire puisque le jour tombait et que nous allions nous quitter, ne s'effacera de mon esprit que quand il sera envahi par la nuit compl¨¨te ?, cette phrase ¨¦crite la veille du jour o¨´, en effet, son esprit avait ¨¦t¨¦ envahi par la nuit compl¨¨te et o¨´ peut-¨ºtre bien, dans ces derni¨¨res lueurs si rapides mais que l'anxi¨¦t¨¦ du moment divise jusqu'¨¤ l'infini, elle avait peut-¨ºtre bien revu notre derni¨¨re promenade, et dans cet instant o¨´ tout nous abandonne et o¨´ on se cr¨¦e une foi, comme les ath¨¦es deviennent chr¨¦tiens sur le champ de bataille, elle avait peut-¨ºtre appel¨¦ au secours l'ami si souvent maudit mais si respect¨¦ par elle, qui lui-m¨ºme ¨C car toutes les religions se ressemblent ¨C avait la cruaut¨¦ de souhaiter qu'elle e?t eu aussi le temps de se reconna?tre, de lui donner sa derni¨¨re pens¨¦e, de se confesser enfin ¨¤ lui, de mourir en lui. Mais ¨¤ quoi bon, puisque si m¨ºme, alors, elle avait eu le temps de se reconna?tre, nous n'avions compris l'un et l'autre o¨´ ¨¦tait notre bonheur, ce que nous aurions d? faire, que quand ce bonheur, que parce que ce bonheur n'¨¦tait plus possible, que nous ne pouvions plus le r¨¦aliser. Tant que les choses sont possibles on les diff¨¨re, et elles ne peuvent prendre cette puissance d'attraits et cette apparente aisance de r¨¦alisation que quand, projet¨¦es dans le vide id¨¦al de l'imagination, elles sont soustraites ¨¤ la submersion alourdissante, enlaidissante du milieu vital. L'id¨¦e qu'on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l'id¨¦e qu'un autre est mort ; que, redevenue plane apr¨¨s avoir englouti un ¨ºtre, s'¨¦tend, sans m¨ºme un remous ¨¤ cette place-l¨¤, une r¨¦alit¨¦ d'o¨´ cet ¨ºtre est exclu, o¨´ n'existe plus aucun vouloir, aucune connaissance, et de laquelle il est aussi difficile de remonter ¨¤ l'id¨¦e que cet ¨ºtre a v¨¦cu, qu'il est difficile, du souvenir encore tout r¨¦cent de sa vie, de penser qu'il est assimilable aux images sans consistance, aux souvenirs laiss¨¦s par les personnages d'un roman qu'on a lu.

J'avais bien souffert ¨¤ Balbec quand Albertine m'avait dit son amiti¨¦ pour Mlle Vinteuil. Mais Albertine ¨¦tait l¨¤ pour me consoler. Puis quand, pour avoir trop cherch¨¦ ¨¤ conna?tre les actions d'Albertine, j'avais r¨¦ussi ¨¤ la faire partir de chez moi, quand Fran?oise m'avait annonc¨¦ qu'elle n'¨¦tait plus l¨¤, et que je m'¨¦tais trouv¨¦ seul, j'avais souffert davantage. Mais du moins l'Albertine que j'avais aim¨¦e restait dans mon c?ur. Maintenant, ¨¤ sa place ¨C pour me punir d'avoir pouss¨¦ plus loin une curiosit¨¦ ¨¤ laquelle, contrairement ¨¤ ce que j'avais suppos¨¦, la mort n'avait pas mis fin ¨C ce que je trouvais c'¨¦tait une jeune fille diff¨¦rente, multipliant les mensonges et les tromperies l¨¤ o¨´ l'autre m'avait si doucement rassur¨¦ en me jurant n'avoir jamais connu ces plaisirs que, dans l'ivresse de sa libert¨¦ reconquise, elle ¨¦tait partie go?ter jusqu'¨¤ la pamoison, jusqu'¨¤ mordre cette petite blanchisseuse qu'elle retrouvait au soleil levant, sur le bord de la Loire, et ¨¤ qui elle disait : ? Tu me mets aux anges. ? Une Albertine diff¨¦rente, non pas seulement dans le sens o¨´ nous entendons le mot diff¨¦rent quand il s'agit des autres. Si les autres sont diff¨¦rents de ce que nous avons cru, cette diff¨¦rence ne nous atteignant pas profond¨¦ment, et le pendule de l'intuition ne pouvant projeter hors de lui qu'une oscillation ¨¦gale ¨¤ celle qu'il a ex¨¦cut¨¦e dans le sens int¨¦rieur, ce n'est que dans les r¨¦gions superficielles d'eux-m¨ºmes que nous situons ces diff¨¦rences. Autrefois, quand j'apprenais qu'une femme aimait les femmes, elle ne me paraissait pas pour cela une femme autre, d'une essence particuli¨¨re. Mais s'il s'agit d'une femme qu'on aime, pour se d¨¦barrasser de la douleur qu'on ¨¦prouve ¨¤ l'id¨¦e que cela peut ¨ºtre on cherche ¨¤ savoir non seulement ce qu'elle a fait, mais ce qu'elle ressentait en le faisant, quelle id¨¦e elle avait de ce qu'elle faisait ; alors descendant de plus en plus avant, par la profondeur de la douleur, on atteint au myst¨¨re, ¨¤ l'essence. Je souffrais jusqu'au fond de moi-m¨ºme, jusque dans mon corps, dans mon c?ur ¨C bien plus que ne m'e?t fait souffrir la peur de perdre la vie ¨C de cette curiosit¨¦ ¨¤ laquelle collaboraient toutes les forces de mon intelligence et de mon inconscient ; et ainsi c'est dans les profondeurs m¨ºmes d'Albertine que je projetais maintenant tout ce que j'apprenais d'elle. Et la douleur qu'avait ainsi fait p¨¦n¨¦trer en moi, ¨¤ une telle profondeur, la r¨¦alit¨¦ du vice d'Albertine me rendit bien plus tard un dernier office. Comme le mal que j'avais fait ¨¤ ma grand'm¨¨re, le mal que m'avait fait Albertine fut un dernier lien entre elle et moi et qui surv¨¦cut m¨ºme au souvenir, car, avec la conservation d'¨¦nergie que poss¨¨de tout ce qui est physique, la souffrance n'a m¨ºme pas besoin des le?ons de la m¨¦moire. Ainsi un homme qui a oubli¨¦ les belles nuits pass¨¦es au clair de lune dans les bois souffre encore des rhumatismes qu'il y a pris. Ces go?ts ni¨¦s par elle et qu'elle avait, ces go?ts dont la d¨¦couverte ¨¦tait venue ¨¤ moi, non dans un froid raisonnement mais dans la br?lante souffrance ressentie ¨¤ la lecture de ces mots : ? Tu me mets aux anges ?, souffrance qui leur donnait une particularit¨¦ qualitative, ces go?ts ne s'ajoutaient pas seulement ¨¤ l'image d'Albertine comme s'ajoute au bernard-l'ermite la coquille nouvelle qu'il tra?ne apr¨¨s lui, mais bien plut?t comme un sel qui entre en contact avec un autre sel, en change la couleur, bien plus, la nature. Quand la petite blanchisseuse avait d? dire ¨¤ ses petites amies : ? Imaginez-vous, je ne l'aurais pas cru, eh bien, la demoiselle c'en est une aussi ?, pour moi ce n'¨¦tait pas seulement un vice d'abord insoup?onn¨¦ d'elles qu'elles ajoutaient ¨¤ la personne d'Albertine, mais la d¨¦couverte qu'elle ¨¦tait une autre personne, une personne comme elles, parlant la m¨ºme langue, ce qui, en la faisant compatriote d'autres, me la rendait encore plus ¨¦trang¨¨re ¨¤ moi, prouvait que ce que j'avais eu d'elle, ce que je portais dans mon c?ur, ce n'¨¦tait qu'un tout petit peu d'elle, et que le reste qui prenait tant d'extension de ne pas ¨ºtre seulement cette chose si myst¨¦rieusement importante, un d¨¦sir individuel, mais de lui ¨ºtre commune avec d'autres, elle me l'avait toujours cach¨¦, elle m'en avait tenu ¨¤ l'¨¦cart, comme une femme qui m'e?t cach¨¦ qu'elle ¨¦tait d'un pays ennemi et espionne, et qui m¨ºme e?t agi plus tra?treusement encore qu'une espionne, car celle-ci ne trompe que sur sa nationalit¨¦, tandis qu'Albertine c'¨¦tait sur son humanit¨¦ la plus profonde, sur ce qu'elle n'appartenait pas ¨¤ l'humanit¨¦ commune, mais ¨¤ une race ¨¦trange qui s'y m¨ºle, s'y cache et ne s'y fond jamais. J'avais justement vu deux peintures d'Elstir o¨´ dans un paysage touffu il y a des femmes nues. Dans l'une d'elles, l'une des jeunes filles l¨¨ve le pied comme Albertine devait faire quand elle l'offrait ¨¤ la blanchisseuse. De l'autre pied elle pousse ¨¤ l'eau l'autre jeune fille qui gaiement r¨¦siste, la cuisse lev¨¦e, son pied trempant ¨¤ peine dans l'eau bleue. Je me rappelais maintenant que la lev¨¦e de la cuisse y faisait le m¨ºme m¨¦andre de cou de cygne avec l'angle du genou, que faisait la chute de la cuisse d'Albertine quand elle ¨¦tait ¨¤ c?t¨¦ de moi sur le lit, et j'avais voulu souvent lui dire qu'elle me rappelait ces peintures. Mais je ne l'avais pas fait pour ne pas ¨¦veiller en elle l'image de corps nus de femmes. Maintenant je la voyais ¨¤ c?t¨¦ de la blanchisseuse et de ses amies, recomposer le groupe que j'avais tant aim¨¦ quand j'¨¦tais assis au milieu des amies d'Albertine ¨¤ Balbec. Et si j'avais ¨¦t¨¦ un amateur sensible ¨¤ la seule beaut¨¦ j'aurais reconnu qu'Albertine le recomposait mille fois plus beau, maintenant que les ¨¦l¨¦ments en ¨¦taient les statues nues de d¨¦esses comme celles que les grands sculpteurs ¨¦parpillaient ¨¤ Versailles sous les bosquets ou donnaient dans les bassins ¨¤ laver et ¨¤ polir aux caresses du flot. Maintenant je la voyais ¨¤ c?t¨¦ de la blanchisseuse, jeunes filles au bord de l'eau, dans leur double nudit¨¦ de marbres f¨¦minins, au milieu d'une touffe de v¨¦g¨¦tations et trempant dans l'eau comme des bas-reliefs nautiques. Me souvenant de ce qu'Albertine ¨¦tait sur mon lit, je croyais voir sa cuisse recourb¨¦e, je la voyais, c'¨¦tait un col de cygne, il cherchait la bouche de l'autre jeune fille. Alors je ne voyais m¨ºme plus une cuisse, mais le col hardi d'un cygne, comme celui qui dans une ¨¦tude fr¨¦missante cherche la bouche d'une L¨¦da qu'on voit dans toute la palpitation sp¨¦cifique du plaisir f¨¦minin, parce qu'il n'y a qu'un cygne et qu'elle semble plus seule, de m¨ºme qu'on d¨¦couvre au t¨¦l¨¦phone les inflexions d'une voix qu'on ne distingue pas tant qu'elle n'est pas dissoci¨¦e d'un visage o¨´ l'on objective son expression. Dans cette ¨¦tude, le plaisir, au lieu d'aller vers la face qui l'inspire et qui est absente, remplac¨¦e par un cygne inerte, se concentre dans celle qui le ressent. Par instant la communication ¨¦tait interrompue entre mon c?ur et ma m¨¦moire. Ce qu'Albertine avait fait avec la blanchisseuse ne m'¨¦tait plus signifi¨¦ que par des abr¨¦viations quasi alg¨¦briques qui ne me repr¨¦sentaient plus rien ; mais cent fois par heure le courant interrompu ¨¦tait r¨¦tabli, et mon c?ur ¨¦tait br?l¨¦ sans piti¨¦ par un feu d'enfer, tandis que je voyais Albertine ressuscit¨¦e par ma jalousie, vraiment vivante, se raidir sous les caresses de la petite blanchisseuse ¨¤ qui elle disait : ? Tu me mets aux anges. ? Comme elle ¨¦tait vivante au moment o¨´ elle commettait ses fautes, c'est-¨¤-dire au moment o¨´ moi-m¨ºme je me trouvais, il ne me suffisait pas de conna?tre cette faute, j'aurais voulu qu'elle s?t que je la connaissais. Aussi, si dans ces moments-l¨¤ je regrettais de penser que je ne la reverrais jamais, ce regret portait la marque de ma jalousie et, tout diff¨¦rent du regret d¨¦chirant des moments o¨´ je l'aimais, n'¨¦tait que le regret de ne pas pouvoir lui dire : ? Tu croyais que je ne saurais jamais ce que tu as fait apr¨¨s m'avoir quitt¨¦, eh bien je sais tout, la blanchisseuse au bord de la Loire, tu lui disais : ? Tu me mets aux anges ?, j'ai vu la morsure. ? Sans doute je me disais : ? Pourquoi me tourmenter ? Celle qui a eu du plaisir avec la blanchisseuse n'est plus rien, donc n'¨¦tait pas une personne dont les actions gardent de la valeur. Elle ne se dit pas que je sais. Mais elle ne se dit pas non plus que je ne sais pas puisqu'elle ne se dit rien. ? Mais ce raisonnement me persuadait moins que la vue de son plaisir qui me ramenait au moment o¨´ elle l'avait ¨¦prouv¨¦. Ce que nous sentons existe seul pour nous, et nous le projetons dans le pass¨¦, dans l'avenir, sans nous laisser arr¨ºter par les barri¨¨res fictives de la mort. Si mon regret qu'elle f?t morte subissait dans ces moments-l¨¤ l'influence de ma jalousie et prenait cette forme si particuli¨¨re, cette influence s'¨¦tendait ¨¤ mes r¨ºves d'occultisme, d'immortalit¨¦ qui n'¨¦taient qu'un effort pour tacher de r¨¦aliser ce que je d¨¦sirais. Aussi, ¨¤ ces moments-l¨¤, si j'avais pu r¨¦ussir ¨¤ l'¨¦voquer en faisant tourner une table comme autrefois Bergotte croyait que c'¨¦tait possible, ou ¨¤ la rencontrer dans l'autre vie comme le pensait l'abb¨¦ X., je ne l'aurais souhait¨¦ que pour lui r¨¦p¨¦ter : ? Je sais pour la blanchisseuse. Tu lui disais : tu me mets aux anges ; j'ai vu la morsure. ? Ce qui vint ¨¤ mon secours contre cette image de la blanchisseuse, ce fut ¨C certes quand elle eut un peu dur¨¦ ¨C cette image elle-m¨ºme parce que nous ne connaissons vraiment que ce qui est nouveau, ce qui introduit brusquement dans notre sensibilit¨¦ un changement de ton qui nous frappe, ce ¨¤ quoi l'habitude n'a pas encore substitu¨¦ ses pales fac-simil¨¦s. Mais ce fut surtout ce fractionnement d'Albertine en de nombreux fragments, en de nombreuses Albertines, qui ¨¦tait son seul mode d'existence en moi. Des moments revinrent o¨´ elle n'avait ¨¦t¨¦ que bonne, ou intelligente, ou s¨¦rieuse, ou m¨ºme aimant plus que tout les sports. Et ce fractionnement, n'¨¦tait-il pas, au fond, juste qu'il me calmat ? Car s'il n'¨¦tait pas en lui-m¨ºme quelque chose de r¨¦el, s'il tenait ¨¤ la forme successive des heures o¨´ elle m'¨¦tait apparue, forme qui restait celle de ma m¨¦moire comme la courbure des projections de ma lanterne magique tenait ¨¤ la courbure des verres color¨¦s, ne repr¨¦sentait-il pas ¨¤ sa mani¨¨re une v¨¦rit¨¦, bien objective celle-l¨¤, ¨¤ savoir que chacun de nous n'est pas un, mais contient de nombreuses personnes qui n'ont pas toutes la m¨ºme valeur morale, et que, si l'Albertine vicieuse avait exist¨¦, cela n'emp¨ºchait pas qu'il y en e?t eu d'autres, celle qui aimait ¨¤ causer avec moi de Saint-Simon dans sa chambre ; celle qui, le soir o¨´ je lui avais dit qu'il fallait nous s¨¦parer, avait dit si tristement : ? Ce pianola, cette chambre, penser que je ne reverrai jamais tout cela ? et, quand elle avait vu l'¨¦motion que mon mensonge avait fini par me communiquer, s'¨¦tait ¨¦cri¨¦e avec une piti¨¦ si sinc¨¨re : ? Oh ! non, tout plut?t que de vous faire de la peine, c'est entendu, je ne chercherai pas ¨¤ vous revoir. ? Alors je ne fus plus seul ; je sentis dispara?tre cette cloison qui nous s¨¦parait. Du moment que cette Albertine bonne ¨¦tait revenue, j'avais retrouv¨¦ la seule personne ¨¤ qui je pusse demander l'antidote des souffrances qu'Albertine me causait. Certes je d¨¦sirais toujours lui parler de l'histoire de la blanchisseuse, mais ce n'¨¦tait plus en mani¨¨re de cruel triomphe et pour lui montrer m¨¦chamment ce que je savais. Comme je l'aurais fait si Albertine avait ¨¦t¨¦ vivante, je lui demandai tendrement si l'histoire de la blanchisseuse ¨¦tait vraie. Elle me jura que non, qu'Aim¨¦ n'¨¦tait pas tr¨¨s v¨¦ridique et que, voulant para?tre avoir bien gagn¨¦ l'argent que je lui avais donn¨¦, il n'avait pas voulu revenir bredouille et avait fait dire ce qu'il avait voulu ¨¤ la blanchisseuse. Sans doute Albertine n'avait cess¨¦ de me mentir. Pourtant, dans le flux et le reflux de ses contradictions je sentais qu'il y avait eu une certaine progression ¨¤ moi due. Qu'elle ne m'e?t m¨ºme pas fait, au d¨¦but, des confidences (peut-¨ºtre, il est vrai, involontaires dans une phrase qui ¨¦chappe) je n'en eusse pas jur¨¦. Je ne me rappelais plus. Et puis elle avait de si bizarres fa?ons d'appeler certaines choses que cela pouvait signifier cela ou non, mais le sentiment qu'elle avait eu de ma jalousie l'avait ensuite port¨¦e ¨¤ r¨¦tracter avec horreur ce qu'elle avait d'abord complaisamment avou¨¦. D'ailleurs, Albertine n'avait m¨ºme pas besoin de me dire cela. Pour ¨ºtre persuad¨¦ de son innocence il me suffisait de l'embrasser, et je le pouvais maintenant qu'¨¦tait tomb¨¦e la cloison qui nous s¨¦parait, pareille ¨¤ celle impalpable et r¨¦sistante qui apr¨¨s une brouille s'¨¦l¨¨ve entre deux amoureux et contre laquelle se briseraient les baisers. Non, elle n'avait besoin de rien me dire. Quoi qu'elle e?t fait, quoi qu'elle e?t voulu, la pauvre petite, il y avait des sentiments en lesquels, par-dessus ce qui nous divisait, nous pouvions nous unir. Si l'histoire ¨¦tait vraie, et si Albertine m'avait cach¨¦ ses go?ts, c'¨¦tait pour ne pas me faire de chagrin. J'eus la douceur de l'entendre dire ¨¤ cette Albertine-l¨¤. D'ailleurs en avais-je jamais connu une autre ? Les deux plus grandes causes d'erreur dans nos rapports avec un autre ¨ºtre sont : avoir soi-m¨ºme bon c?ur, ou bien, cet autre ¨ºtre, l'aimer. On aime sur un sourire, sur un regard, sur une ¨¦paule. Cela suffit ; alors, dans les longues heures d'esp¨¦rance ou de tristesse on fabrique une personne, on compose un caract¨¨re. Et quand plus tard on fr¨¦quente la personne aim¨¦e on ne peut pas plus, devant quelque cruelle r¨¦alit¨¦ qu'on soit plac¨¦, ?ter ce caract¨¨re bon, cette nature de femme nous aimant, ¨¤ l'¨ºtre qui a tel regard, telle ¨¦paule que nous ne pouvons, quand elle vieillit, ?ter son premier visage ¨¤ une personne que nous connaissons depuis sa jeunesse. J'¨¦voquai le beau regard bon et pitoyable de cette Albertine-l¨¤, ses grosses joues, son cou aux larges grains. C'¨¦tait l'image d'une morte, mais, comme cette morte vivait, il me fut ais¨¦ de faire imm¨¦diatement ce que j'eusse fait infailliblement si elle avait ¨¦t¨¦ aupr¨¨s de moi de son vivant (ce que je ferais si je devais jamais la retrouver dans une autre vie), je lui pardonnai.

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